Dans les griffes du pangolin


Sur une invitation de Michel-François d’exposer aux côtés de mon père, Jean-Louis Bruyère, nous avons choisi de confronter les générations, les idées et les techniques. 
J’ai choisi de mettre en parallèle à sa peinture à l’huile de paysages torturés une image issue de la série Nails ainsi qu’une série de Ready-Made de chaussures à talons.

‘’Imaginons deux individus, de sexe indifférent, vivant seuls chacun de leur côté et décidant pour une raison qui ne nous regarde pas d’habiter ensemble un même lieu, disons un appartement. L’individu A apporte dans ce nouveau lieu l’ensemble des meubles qui décorait disons sa chambre de bonne, l’individu B fera de même, lui qui occupait disons un entresol sans lumière naturelle. Imaginons maintenant ces deux blocs de meubles différencicés posés sur le plancher vide et sentant le savon noir du nouveau lieu, disons un appartement deux pièces en enfilade caractéristique de nos régions, et se faisant face. Le tas de meubles érigé par l’individu A, et par tas de meubles nous entendons aussi bien la brosse à chiottes vert fluo en forme de cactus qu’un divan fatigué sentant le chien mouillé ou un ensemble de caisses à vin du bordelais reconverti en bibliothèque mais seulement pour les petits livres, et celui érigé par l’individu B plus porté sur les choses signées (lampes, tableaux ou bouquins dédicadés) vont à un moment T, choisi par A et B après de joyeux négociations, se disperser, objet par objet, se disséminer selon d’obscures lois de la bonne distribution esthétique et finir par trouver une place (toujours précaire, la place) là sur un mur, là-bas dans un coin au sol, ici au plafond. Et cette pollinisation commune et concertée de l’habitat par deux plantes distinctes et caractérielles (elles peuvent provenir de la même espèce voir de la même souche) n’effacera en rien la confrontation initiale des étrangetés A et B : ce sera, à partir de deux styles élémentaires et comme on parlerait de molécules, l’apparition inattendue, féconde et jamais expérimentée auparavant d’un troisième style complexe et singulier n’existant qu’ici et maintenant, fugace et volatile, arc électrique bouté entre les polarités A et B, mirage sous tension qui clignote de l’outremer à l’ultraviolet et circule entre les objets, tant pour les isoler que pour les unir, sous la forme d’une mélodie éclairante dont chaque note est trempée dans une onde opaque : c’est peut-être le cas ici.” 

Vues d’exposition : Julien Sirjacq

494 chaussée de Waterloo, Bruxelles
18 au 27 Octobre 2019
Une exposition de Aïda Bruyère et Jean-Louis Bruyère
Sur une invitation de Michel-François